Histoire et petites histoires de la Provence

Jeudi 12 février 2009 4 12 /02 /Fév /2009 00:00



En cette première moitié du XIVe siècle, les côtes provençales sont en alerte. En effet, le comte Robert, comte de Provence et roi de Naples, est en conflit avec la famille des Barcelone de Catalogne pour la domination de l'Italie du sud.
Il craint que celle-ci n'attaque la Provence par le rivage.

Aussi en 1323, il envoie en mission Robert de Millet pour inspecter les défenses du littoral. Le rapport d'inspection qui en a résulté est parvenu jusqu'à nous. Ainsi nous savons qu'en front de mer, à environ 6 km à l'Est de Saint-Raphaël, sur le Cap Dramont, il y avait une tour de guet, appelée Vigie d'Armont. Une autre tour se trouvait à l'Est de la rade d'Agay, sur la pointe de la Baumette à l'emplacement du phare actuel. Dans le massif de l'Estérel, deux tours étaient positionnées au sommet de la Sainte-Baume, et sur le Mont Vignaigre. A Saint-Raphaël même, le clocher du XIIIe siècle, passe pour être un ancien donjon. Tout comme les autres tours, il dépendait du château épiscopal de Fréjus avec lequel il correspondait à vue.

Nota de Nadine : la Sainte Baume dont il est question ici est la grotte de l'ermite Honorat d'Arles (saint Honorat - IVe siècle de l'ère chrétienne). Les habitants du coin jaloux de la popularité de la Sainte Baume de Marie-Madeleine à l'ouest du département (dans les Maures) donnèrent également ce nom à la grotte de saint-Honorat. Ils montaient lui rendre visite. Devant l'afflux de pèlerins, il s'exila quelques années plus tard sur l'île la plus inhospitalière des îles de Lérins (île de Saint-Honorat), à laquelle il donna son nom. Au fils des siècles d'autres ermites s'installèrent également dans la grotte.



Les farots

On appelle "farots" ou feux de garde, des tours élevées implantées généralement le long du littoral, pour surveiller les côtes maritimes.
La lecture d'un document daté du 30 juin 1303 et conservé aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône à Marseille, nous apprend qu'il existait un  système de télégraphie pour surveiller la mer, tout le long de la façade maritime de la Provence, qui s'étendait de la Tour de La Turbie dans les Alpes-Maritimes à la Pointe d'Espinguette, située près d'Aigues-Mortes dans le Gard.  


Ce document nous apprend également qu'à l'aide de signaux émis, à partir de ces tours de guet, une demi-heure suffisait pour transmettre une nouvelle d'une extrémité de la Provence à l'autre. Les signaux étaient de la fumée le jour, et un feu la nuit. Autant de signaux que de bateaux en vue. Et à la tombée de la nuit, lorsque toutes les tours de guet allumaient un feu en même temps, cela signifiait qu'il n'y avait pas de bateau ennemi à l'horizon, donc, pas de danger et que la population pouvait dormir tranquille.     

Source : D'après un article paru dans Châteaux-forts d'Europe - 2002 -
Châteaux-forts et tours à signaux des côtes du Var en 1323 - Charles Laurent Salch


Par Nadine - Publié dans : Histoire et petites histoires de la Provence - Communauté : Passion Histoire
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Mercredi 14 janvier 2009 3 14 /01 /Jan /2009 17:42



Le pays varois a connu jadis plusieurs procès de sorcellerie. Citons en 1299, deux femmes du village de la Roquebrussanne accusées de maléfices, condamnées au carcan et au fouet avant d'avoir les oreilles coupées !



Elles pouvaient toutefois éviter cette mutilation infamante en versant une forte somme à la curie de l'évêque. Deux sorcières sont brûlées vives à Hyères en 1435, place du Piol. Quatre ans plus tard, un curieux procès est intenté à deux habitants de Figanières soupçonnés de détournement d'héritage à l'aide d'un philtre magique. Citons encore six femmes convaincues de sorcellerie à Saint-Maximin en 1515 et les trois masques (masco en provençal signifie sorcière) des grottes du Garou, haut lieu archéologique surplombant le Val d'Arens, "estranglées et pendues puis bruslées" en 1614 à Cassis.


Une affaires de possession diabolique ou prétendue telle, jugée par le parlement d'Aix en 1611, a donné lieu à une abondante littérature. Cette affaire concerne le curé des Accoules, Louis Gaufridy, condamné pour envoûtement et pacte avec Satan, soumis à la torture avant d'être brûlé vif à Aix, place des Prêcheurs. Elle intéresse le Var pour la triste destinée de "la victime". Celle-ci, Madeleine Demandolx de la Palud, née à Rians en 1593, jeune ursuline en proie à des troubles de langueur et à des terreurs nocturnes, accusa son confesseur, le trop séduisant Gaufridy, de l'avoir ensorcelée par son souffle diabolique, conduite au sabbat, contrainte à toutes ses volontés, connue charnellement "tant derrière que devant" précisera-t-elle dans ses révélations.



Massif de la Sainte Baume

Exorcisée à la Sainte Baume, enfin débarrassée de ses encombrants démons, Madeleine Demandolx mena par la suite une vie errante, allant de ville en ville sous étroite surveillance religieuse, se proposant comme maîtresse d'école, toujours vêtue de noir, souvent chassée par la rumeur qui l'accusait de jeter des sorts et de gâter les récoltes. Elle aurait mendié à la porte des églises et même vendu des fagots, ce qui nous paraît un comble pour une prétendue sorcière ! Elle vint enfin, après la mort de son père en 1644, se réfugier dans une bastide que sa famille possédait à Saint-Jérôme, près de Marseille, se consacrant à l'enseignement, à des oeuvres pieuses et à des travaux agricoles. Mais, l'ancienne pénitente de Louis Gaufridy, prince des magiciens, traînait derrière elle une odeur de soufre qui ne la quittera jamais...
En 1652, alors âgée de 60 ans, l'héroïne de cette ténébreuse affaire vivait paisiblement à la campagne. Elle entretenait de bonnes relations avec une fillette du voisinage qui s'appelait Madeleine et venait jouer dans son jardin. L'enfant présente bientôt les signes d'une mystérieuse maladie. Elle s'agite, convulse, vomit des épingles, des brins de paille et même des cigales ! Ces phénomènes étranges amènent les parents et les médecins à suspecter un sortilège. La fillette exorcisée finit par avouer qu'elle est tourmentée par une diable nommée Belzébuth, le mari de la Palud... Madeleine pressent le danger et va se cacher à Aix. Elle est dénoncée, arrêtée, interrogée, examinée minutieusement à la recherche des fameuses marques d'insensibilité qui signent la possession démoniaque.
On l'accuse d'infanticide, aux dires de ses voisins, d'idolâtrie, de maléfice, de sortilège et autres "niaiseries" écrit en 1664 l'historien Bouche qui ne croit plus à la sorcellerie, peut-être depuis qu'il a assisté, en ses jeunes années, au supplice de Gaufridy. Le Parlement la condamne, faute de preuves, à rester enfermée entre quatre murs le reste de sa vie. Une des ses cousines, Françoise de Gombert, dame de Châteauvieux, persuadera les juges de lui confier la garde de la malheureuse Madeleine.


Le village de Châteauvieux

C'est ainsi que "la Demandolx" passera seize années de solitude à Châteauvieux, petit village du Haut-Var, à la limite de notre département. Elle mourut en 1670, à l'âge de 77 ans, et fut inhumée devant l'autel de Sainte-Claire, dans la petite église du village. La maison voisine où elle vécut, léguée à la communauté, servit longtemps de mairie et d'école. Les Châteauvéyens n'ont jamais oublié l'infortunée Madeleine, injustement condamnée à la relégation perpétuelle dans leur village. J'ai sous les yeux l'affiche-annonce d'une fête de bienfaisance organisée par le Cercle de La Martre le 2 septembre 1934, avec au programme une reconstitution historique de l'arrivée de Madeleine de la Palud à Châteauvieux en 1654. Elle consiste en une grande cavalcade de personnages en costumes d'époque, les principaux rôle étant tenus par des habitants du lieu. Ce cortège coloré devait, tambourinaires en tête, escorter la "sorcière" de La Martre à Châteauvieux, installée dans une chaise à porteur en fin de parcours. D'autres réjouissances accompagnaient cette rétrospective : vin d'honneur, mât de cocagne, bal champêtre, concours de chansonnettes, concours de belote et de boules ferrées.
Louis Henseling assista à cette fête mémorable. Il la décrit dans cet article consacré à la "tragique histoire" de Madeleine de La Palud (Bulletin du vieux Toulon, 1935) et termine par une détail macabre. L'infortunée avait prédit à ses proches que son corps serait miraculeusement épargné par la corruption de la mort... Lorsqu'on ouvrit son caveau en 1905, "on n'y trouva qu'un pauvre petit squelette portant au cou une simple croix de fer."

Source : Ca s'est passé à Toulon et en Pays varois - Tome 2 - Tony Marmottans & Jean Rambaud - Editions Autre Temps
 

 

 

 

Par Nadine - Publié dans : Histoire et petites histoires de la Provence - Communauté : Provence Passion
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Mardi 2 décembre 2008 2 02 /12 /Déc /2008 00:02

 

Bonjour-a-tous

 

Bonjour à toutes et à tous,

 

Aujourd'hui, 2 décembre, j'ai décidé de remettre mon article que j'avais publié au mois de mars sur la catastrophe du barrage de Malpasset.

En effet, bien triste anniversaire aujourd'hui qui nous ramène 49 ans en arrière.

D'après les statistiques de mon blog, cet article est celui qui a été le plus lu donc celui qui a touché le plus grand nombre de personnes.

Merci à vous et bonne lecture.

 

 

Par Nadine - Publié dans : Histoire et petites histoires de la Provence - Communauté : Provence Passion
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Mardi 2 décembre 2008 2 02 /12 /Déc /2008 00:01




Le barrage avant la catastrophe


Au début de l'hiver 1959, les pluies torrentielles viennent remplir pour la première fois le nouveau barrage de Malpasset, en amont de Fréjus, dans le département du Var. Lorsque celui-ci cède soudainement, le 2 décembre à 21h13, près de 50 millions de mètres cubes d'eau déferlent en une vague de 40 mètres de haut dans la vallée du Reyran à 70 km/h, ravageant tout jusqu'à la mer. C'est la plus grande catastrophe de ce genre qui ait jamais touché la France.



La plaine ravagée après la catastrophe


 "De tous les ouvrages construits de main d'homme, les barrages sont les plus meurtriers".

Ces mots sont ceux du constructeur du barrage de Malpasset, l'ingénieur André Coyne alors président de l'Association internationale des grands barrages et spécialiste incontesté de la construction des barrages-voûtes, qui décéda six mois après la catastrophe.


L'historique


La construction d'un barrage dans la région de Fréjus est envisagée juste après la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre des grands projets d'équipement du pays. Son principal objet est de constituer un réservoir d'eau permettant d'irriguer les cultures dans une région où les pluies sont très irrégulières. Le conseil général du Var, maître d'œuvre de l'opération, reçoit une importante subvention du ministère de l'Agriculture. Il fait alors appel au grand spécialiste des barrages-voûtes, André Coyne, "auteur" du barrage de Tignes par exemple. Le site choisi est celui de la vallée du Reyran, un torrent sec l'été et en crue l'hiver, au lieu-dit " Malpasset ", un nom qui perpétue le souvenir d'un brigand détrousseur de diligences.

L'inauguration, puis la mise en eau partielle du barrage ont eu lieu en 1954. Mais la faiblesse des pluies des années suivantes, d'une part, et une longue procédure judiciaire avec un entrepreneur qui refuse de se laisser exproprier, d'autre part, ralentissent passablement cette phase de remplissage.




Les faits


En 1959, la Côte d'Azur reçoit des pluies diluviennes, le niveau de l'eau monte très rapidement - trop rapidement pour permettre un contrôle convenable des réactions du barrage. La journée du 2 décembre 1959 c'est une pluie torrentielle qui s'abat sur le Var et les monts entourant le site de Malpasset, cela fait quinze jours que la pluie tombe sur la région. Il y a deux jours, le barrage est monté à la côte 98 et le gardien André Ferro a ouvert la vanne pour faire baisser le niveau et relâcher un peu de pression. Mais aujourd'hui c'est impossible ! Les ingénieurs du chantier de l'autoroute sont en train de couler les piliers du futur pont qui enjambera le lit du Reyran. Le gardien est inquiet : le barrage n'a pas encore supporté une telle pression. On peut penser qu'il y avait eu des signes précurseurs du drame puisque des témoins signalent des fissures ainsi que des voies d'eau entre le barrage et la roche qui le supporte. A 18 heures, on donne l'autorisation au gardien d'ouvrir la vanne du barrage. La vanne ouverte au maximum ne permet plus de faire descendre le niveau du lac qui fait 18 kms de long et par endroits trois de large.

Dans la soirée, le niveau ayant baissé de quelques centimètres, André Ferro rentre pour dîner avec sa femme et son petit garçon, il est 20h50. Sa maison se situe à un peu plus de deux kilomètres en aval du barrage. A 21h13, toujours aussi angoissé, il s'apprête à remonter au barrage quand il entend "comme une sorte de grognement d'animal" : un bruit assourdissant, des déflagrations et des grincements de ferrailles. Il comprend immédiatement que le barrage vient de céder. Il a littéralement explosé !!!

Le sol vibre sous lui. Tout de suite, le gardien comprend. Il crie : "Le barrage ! Vite !  Vite ! Tout va s'écrouler ! " Saisissant son petit garçon déjà couché, il s'élance suivi de sa femme vers le haut de la colline. Au-dessous d'eux, ils voient déferler une première vague de 60 mètres de haut qui a jailli du barrage et qui s'engouffre dans la vallée du Reyran que franchissent, à peu de distance, les tronçons de l'autoroute A8 qui est en construction. Un paysan témoigne : "J'étais chez moi au deuxième étage, j'ai vu arriver la trombe d'eau qui me dominait de plusieurs dizaines de mètres, encerclant la maison. Les murs ont tenu. Quelques secondes plus tard, elle était passée, mais le flot continuait à couler, dans lequel je pouvais tremper mes mains. Au loin, la vague progressait à la vitesse d'un cheval au galop et je voyais sur la route les phares des voitures bousculées et traînées comme des fétus de paille."




Dans la vallée du Reyran, en quelques secondes, 53 maisons sont détruites. Il y a déjà près de 120 morts. Sept minutes après la rupture du barrage, plusieurs millions de mètres cubes d'eau et de boue envahissent les quartiers ouest de Fréjus et se répandent dans la plaine. Dans une maison située entre la route et la voie ferrée, un couple est réveillé par le vacarme. La femme, assoupie, murmure : "C'est le train." Le mari se lève, ouvre la fenêtre: "A la place du train, et presque aussi vite que lui, j'ai vu passer un arbre, un camion et des tonneaux entraînés par un courant furieux qui montait presque aussi vite que du lait dans une casserole."
Les passagers du rapide Riviera-Genève ont eu de la chance. Il s'en est fallu de peu que le train ne déraille. Dix secondes après son passage en gare de Fréjus, la déferlante arrache la voie ferrée sur 2,5 km. Dix minutes après la rupture du barrage, la vague atteint le centre de Fréjus totalement privé d'électricité et de téléphone depuis déjà dix minutes, lorsque les deux centrales ont été emportées par les eaux.
Le gradé de permanence à la gendarmerie s'est précipité chez le curé : "Faites sonner le tocsin !" Pendant que le tocsin retentit, la vague emporte tout sur son passage. Les habitants qui le peuvent encore fuient. Les autres ne s'en sortiront pas. Les survivants témoignent : "Dès que le tocsin s'est mis à sonner, sans hésiter, j'ai poussé ma femme dans la voiture et j'ai démarré. La vague nous a rejoints et nous a projetés contre un mur."; " J'étais couché avec ma femme quand un voisin a cogné à la porte." "Malpasset a cédé, a-t-il crié, l'eau arrive."; "Nous entendions déjà le grondement de la vague. Dans la rue, nous avons découvert une file ininterrompue de voitures qui cherchaient à fuir dans la direction de Saint-Raphaël. Nous avons tout abandonné et nous sommes partis. Nous avons vu des gens qui, comme nous, avaient juste pris le temps d'enfiler un pardessus sur leur pyjama." Un quart d'heure après l'explosion du barrage, la vague a atteint la mer. Elle n'a plus qu'une hauteur de 2 mètres mais balaie encore une demi-douzaine d'avions de la base aéronavale. A 21 h 40, la vague s'est perdue dans la mer, charriant toutes sortes de débris et des dizaines de cadavres.




Les appareils enregistreurs de l'EDF ont fixé la chronologie du drame : 21h13 pour la rupture de la ligne alimentant le transformateur situé près du barrage et 21h34 pour la rupture de la ligne passant à l'entrée de Fréjus. La vague a donc mis 21 minutes pour semer la mort dans la vallée du Reyran.  

 

 Le plan ORSEC - plan d'organisation des secours - est immédiatement déclenché. Les militaires des bases locales ainsi que des hélicoptères de l'armée américaine basés dans les environs s'occupent de porter secours aux survivants, mais aussi de dégager les corps des victimes. Le général de Gaulle, président de la République, venu sur place quelques jours plus tard, découvre une zone totalement sinistrée. La catastrophe a fait 423 victimes. Par ailleurs, la voie ferrée est détruite, 50 fermes sont soufflées, 1000 moutons sont morts et 80.000 hectolitres de vin sont perdus.


                                      

Les restes du barrage aujourd'hui

Après plusieurs années d'enquête, d'expertises et contre expertises, deux rapports sont remis aux autorités judiciaires, qui cherchent à déterminer les responsabilités du drame. Ils écartent l'hypothèse d'un ébranlement dû à un séisme - phénomène fréquent dans la région - ou à des explosifs utilisés pour la construction de l'autoroute. L'emplacement du barrage, en revanche, est mis en cause.

Les barrages-voûtes sont réputés pour leur exceptionnelle solidité, la poussée de l'eau ne faisant que renforcer leur résistance. Malgré la très faible épaisseur du barrage de Malpasset : 6,78 m à la base et 1,50 m à la crête, ce qui en fait le barrage le plus mince d'Europe, la voûte elle-même est entièrement hors de cause. Mais ce type d'ouvrage doit s'appuyer solidement sur le rocher, ce qui n'était apparemment pas le cas à Malpasset. Certes, la roche, quoique de qualité médiocre, était suffisamment solide, en théorie, pour résister à la poussée. Mais une série de failles sous le côté gauche du barrage, "ni décelées, ni soupçonnées"  pendant les travaux de prospection, selon le rapport des experts, faisait qu'à cet endroit la voûte ne reposait pas sur une roche homogène. Le 2 décembre 1959, le rocher situé sous la rive gauche a littéralement "sauté comme un bouchon", et le barrage s'est ouvert comme une porte...

 


Des travaux supplémentaires, impliquant délais et coûts accrus, auraient-ils permis d'éviter la catastrophe ? A-t-on pêché par hâte ou imprudence ? Ce n'est pas, en tout cas, l'avis de la Cour de cassation, dont l'arrêt conclut en 1967, après maintes procédures, qu'aucune faute, à aucun stade, n'a été commise ". La catastrophe de Malpasset est ainsi rangée sous le signe de la fatalité.

 

Bilan de la catastrophe

- 423 morts, répartis en :

27 non identifiés,
135 enfants de moins de quinze ans,
15 enfants de 15 à 21 ans,
134 adultes hommes,
112 adultes femmes.

- 79 orphelins.

- 951 immeubles touchés, dont 155 entièrement détruits.

Evaluation des dommages

Terres cultivées :

La surface des terres cultivées endommagées, portant principalement de la vigne et du pêcher, est estimée à 3.200 hectares, dont 700 hectares sont irrécupérables par suite du
décapage de la totalité de la terre végétale, et 900 hectares doivent faire l'objet de travaux importants pour une remise en culture.

Dégats aux bâtiments de ferme et d'exploitation :

Dans la zone correspondant aux 3.200 hectares ravagés par la violence des eaux, il est estimé que les sinistres aux bâtiments de ferme et d'exploitation se répartissent comme suit :

a) Fermes habitées en permanence comportant logement du propriétaire, des ouvriers et bâtiments d'exploitation :

- 30 complétement détruites,
- 50 détruites à 50%

b) Bâtiments d'exploitation avec logement pour séjour
du propriétaire ou des ouvriers pendant les travaux
saisonniers :

- 60 complétement détruits
- 45 sinistrés à 50%

Dégats aux biens meubles :

Matériel de culture (tracteurs, motoculteurs, pulvérisateurs, poudreuses, instruments de culture, calibreuses et divers) La perte est importante. Chaque ferme, très mécanisée dans cette région possédait un matériel couteux. La quasi-totalité de ce matériel est perdu. On peut l'estimer à 750 millions.


Cheptel vif :

Le cheptel de trait est peu important. Les exploitations de la région étant très mécanisées. Il est cependant certain que 15 à 20 chevaux ont disparu. En outre, la totalité des animaux de basse-cour et plus de 1.000 moutons ont été noyés.

La perte peut être évaluée à 25 millions.



Sources
: J'ai fait cet article d'après différentes publications dont "La catastrophe de Malpasset en 1959" de Franck Bruel


J'ai fait un complément à cet article.
Pour le lire veuillez cliquer sur la couverture du Paris Match.
Merci.
 

 

Par Nadine - Publié dans : Histoire et petites histoires de la Provence - Communauté : Provence Passion
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Vendredi 7 novembre 2008 5 07 /11 /Nov /2008 00:00



Panneau sur la torture (Photo Nadine)

Dans mon article sur la Maison de l'histoire des Arcs sur Argens, je vous ai dit que j'avais été particulièrement interpellée par une vitrine dans laquelle on voyait des instruments de torture qui avaient été retrouvés dans l'enceinte du château seigneurial. Sur un des panneaux explicatifs, on peut lire ceci :
Tout d'abord, pourquoi traiter d'un tel sujet aux Arcs ? S'il fallait une raison, on pourrait évoquer la découverte d'une geôle, dans les années 1960, au quartier médiéval du Parage, place Clinchard, que l'on désigna, après avoir inventorié les lieux, sous le nom de chambre de torture [...] La justification de la torture a une histoire... A toutes les époques, les sociétés humaines ont été amenées pour des raisons de renforcement interne, à diaboliser certaines de leurs minorités : les sorciers et sorcières, les malades, les individus atteints de difformités, les hérétiques, etc...
Elles ont connu, aussi, des crimes historiques pour la possession du pouvoir, des crimes commis au nom de grands principes et toutes sortes de délits que la morale réprouve. Toute société a des idées, des valeurs, des règles, des lois. Elles permettent une régulation du corps social qui vit ainsi dans un certain équilibre. Au cours de l'histoire, ces lois ont été souvent transgressées. Il a donc fallu instituer un corps de justice visant à les faire appliquer. Mais, on ne peut pas condamner une personne à un châtiment sans avoir la preuve de sa culpabilité. Les témoignages étant en général difficiles à obtenir, il ne restait plus qu'à avoir celui de l'accusé. Ce témoignage s'appelle l'aveu. C'était ouvrir la porte à la torture pour l'obtention de cet aveu.
La torture a existé de tout temps et fut même utilisée légalement dans le monde antique. Elle a eut un regain d'activité au Moyen Age notamment pendant la période de l'Inquisition... La torture a longtemps été pratiquée dans un cadre juridique. En France, elle était de deux sortes : la question préparatoire et la question préalable. La première fut supprimée par une ordonnance royale du 24 août 1780, la seconde en 1788.


Quelques instruments que j'ai vus à la Maison de l'histoire


Le masque d'infamie


Le masque d'infamie (Photo Nadine)

Le masque d'infamie inflige deux punitions : l'une spirituelle, l'autre physique. La première, avec une image ridicule, était une mortification. La seconde, la torture physique était infligée par l'occlusion de la bouche et du nez avec l'empêchement de la vue ou avec une balle qui était placée dans la bouche pour empêcher les cris et les lamentations. Les oreilles longues représentaient les oreilles d'âne, une variante avec nez et groin, ou bien tout le masque à tête de porc symbolisant l'animal considéré comme sale.
Les masques d'infamie au Moyen Age, les piloris, les carcans, etc... avaient pour but d'exposer sur les marchés pendant les heures d'affluence, et pour une durée limitée, les contrevenants aux règles élémentaire de l'ordre social. Chaque masque devait représenter le délit : celui à la langue pendante symbolisait l'homme ou la femme coupable de colporter de fausses rumeurs. Le masque de cochon était revêtu par l'ivrogne, celui du coq était attribué à l'orgueilleux, les clochettes et les formes bizarres stigmatisaient la sorcellerie...

Dans les vitrines et sur le mur, on peut voir :

- Des gravures représentant des scènes de torture ;
- Un fouet métallique : je pense que la photo ci-dessous parle d'elle-même ;


Le fouet métallique (Photo Nadine)


- La patte du chat ou le chatouillement espagnol : cet instrument était composé de pointes repliées en forme de griffes de chat, d'où son nom. Son utilisation n'est pas de griffer ou de chatouiller, mais celui de lacérer, déchirer de façon violente et profonde. La dimension des pointes est telle que rien ne peut interrompre l'opération, ni os ni muscle ne résistent. Les victimes étaient immobilisées aux pieds et aux mains.



Instruments divers (Photo internet)

Source : Article fait à partir des panneaux explicatifs
de la Maison de l'histoire des Arcs sur Argens et arrangé par moi-même.


 
Par Nadine - Publié dans : Histoire et petites histoires de la Provence - Communauté : Provence Passion
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