Vendredi 30 mai 2008 5 30 /05 /Mai /2008 00:00

 

Voici la suite du récit de ma cousine Marie-Madeleine AGNES concernant un autre épisode de l'histoire de notre famille :

"En direction de Draguignan, sur la rive gauche de la rivière, c'est la colline qui borde le Plan, nom que porte la vallée à partir de la presqu'île lorsque les eaux de la Foux rencontrent celles de la Nartuby.
L'après-midi, je vais à Saint-Victor avec ma grand-mère. Saint-Victor, c'est d'abord pour moi "un oratoire" à la bifurcation d'un chemin de la colline avec celui du Peybert. Une peinture naïve réprésente le jeune saint revêtu de la robe blanche des élus. Une auréole atteste sa gloire dans le ciel. Nous l'honorons d'une halte et je renouvelle volontiers, par des scabieuses et des immortelles, les fleurs fanées, oubliées devant son image.


Oratoire de Saint-Victor (Photo Nadine)

A deux kilomètres de là, en lisière des oliviers, une chapelle lui est dédiée. Soldat de la légion romaine, Victor subit le martyre au début du IVe siècle et ses reliques reposent toujours dans la crypte de l'abbaye de Marseille qui porte son nom. Nous ne montons jamais jusqu'à la chapelle pourtant si attirante avec sa façade blanche, son bouquet de pins et le pur élan d'un cyprès.
Notre Saint-Victor à nous est beaucoup plus près. A moins de trois cents mètres de l'oratoire. Arpent de colline ensoleillé, aménagé en terrasses (restanques ou faïsses) par les anciens pour apprivoiser l'olivier, accueillir le figuier et maîtriser le pin sur les hauteurs.
Le printemps y renouvelle la sauge et le thym. Août y voit fleurir la sariette qui porte en provençal le joli nom de pèbre d'aï, poivre d'âne. Illuminé par la gloire d'un chêne, l'automne s'y attarde, calme et serein. L'olive y mûrit en décembre et, au fil des saisons, le mistral y respire tout à fait chez lui. L'horizon s'élance à l'ouest vers le haut pays de Montferrat, toujours bleuté dans les lointains. A l'est, au-delà du village, il annonce discrètement la mer. Sur la plus haute terrasse, face au midi, s'élève une petite bâtisse en pierre. Elle regarde la rivière et le Plan. Ses dimensions sont fort modestes : 3 mètres sur 2.50 mètres. Sa toiture, recouverte de tuiles provençales, est inclinée sur une seule pente à l'italienne.
Une étroite fenêtre sans vitre ni volet n'a d'autre protection qu'une branche de chêne en guise de barreau. Un seul luxe : la clé magnifique de sa lourde porte. La petite bâtisse sert d'abri pendant un orage. Grand-mère y range les outils, y rassemble les claies pour sécher les figues. L'hiver elle y dépose les sacs d'olives avant de les transporter au moulin. L'été venu, elle lui confie la "dourgue que gardo fresco l'aigo dou pous" (la cruche qui garde fraîche l'eau du puits). Cependant, contre toute apparence, cet arpent de colline, terre de labours est un Haut Lieu. Et la petite bâtisse aux outils un Sancturaire. Comme autrefois en l'étable de Bethléem, Notre-Dame y a trouvé refuge et y demeure. Sculptée dans du noyer, oeuvre du XVIe siècle, cette vierge couronnée porte l'enfant sur son bras gauche. En robe pourpre et manteau bleu, elle transfigure l'humble bastide provençale où, de sa niche elle regarde paisiblement couler le temps. Sa présence, à la fois mystérieuse et familière, m'attire.
Liée aux évènements de l'Histoire, son arrivée sur la colline est un exploit digne de ceux de "l'armée des ombres" et pourrait figurer sur le livre d'or de la Résistance. Il remonte aux jours cruel de la Révolution et grand-mère, consciente de ma transmettre un héritage me le raconte sans oublier aucun détail.
Son jeune héros appartient à la lignée des Bertrand. Pour m'éclairer, elle précise :
- Ero moun segne grand (c'était mon grand-père)".


Nadine
: Pour moi, c'est le grand-père de François Bertrand dont je vous ai parlé hier, donc mon septaieul. Il s'appelle Jean Bertrand. Il est né le 22 février 1763 à Draguignan et est décédé le 24 août 1820 à Trans. Tiens, je suis née un 24 août...



Notre-Dame de Saint-Victor

"De quoi m'abasourdir ! Comment imaginer un jeune homme vieux car il était vieux puisque c'était un grand-père... Je n'ai pas le temps de résoudre la problème...
Grand-mère évoque comment sous l'impulsion de Paris, en vagues terrifiantes, les violences et les profanations ont gagné les campagnes. La statue de la vierge à l'enfant est enlevée de l'église et abandonnée dans le canal des Vignarets. Pour "Elle" vont s'affronter les fils du même village : ceux qui défendent l'honneur de Dieu en dépit de l'injustice des hommes. Et ceux qui défendent la justice au mépris de l'honneur de Dieu. En pleine nuit, bravant les risques et déjouant les rondes, le jeune Bertrand se dirige vers le canal, rampe sur la berge et à tâtons retrouve la statue. Il la dissimule dans un sac et réussit à la transporter sur la colline. Arrivé à la pauvre bâtisse, il l'enfouit sous un tas de foin. le jour suivant pour plus de sécurité, avec une provision de bois d'olivier, il masque le refuge et le rend inaccessible.

Tournent les ans, passe le temps.

A l'abri des révolutions parisiennes et de leurs remous dans les provinces, ignorée de tous, Notre-Dame vécut hors du temps et son souvenir s'effaça de la mémoire des gens du village. Ceux qui avaient participé aux évènements de 1793 s'étaient l'un après l'autre endormis. Grand-mère sait tout cela mais elle ignore qui de son grand-père (Jean Bertrand) ou de son père (Louis Bertrand) a pris la décision de libérer la statue et d'aménager le refuge en sanctuaire. Elle ne saurait dire qui a creusé la niche et décoré les murs de fleurs de lys et d'égantines dont je devine encore quelques coroles à demi effacées. Depuis son enfance, elle a toujours vu Notre-Dame régner à la même place et la petite bâtisse rendre les mêmes services qu'aujourd'hui.

Tournent les ans, passe le temps.

A la mort de son père, le patriarche aux douze enfants, dans l'émiettement de l'héritage, Madeleine Bertrand reçoit la terre de la colline. Ses enfants, Julie, Auguste et Fine (Joséphine Testa, sage-femme à Draguignan) y cueillent à leur tour les olives et ce sont eux qui renouvellent au pied de Notre-Dame, le bouquet d'immortelles de la Saint-Jean.

Tournent les ans, passe le temps.

Madeleine Bertrand est devenue ma grand-mère et me voilà aujourd'hui insérée à ma place, dans le cortège des générations".



 

 

Notre-Dame de Saint-Victor (Photo Nadine)

Nadine : J'arrête là le récit de la cousine Marie-Madeleine. Sachez que par la suite, à la vente du terrain, elle a emporté la statue de Notre-Dame chez elle à Toulon. Puis, à son décès, ses enfants, ont décidé de restituer la statue à la paroisse de Trans en Provence. Deux cents ans plus tard, en mai 1993, au cours d'une cérémonie à laquelle nous avions été conviés en tant que descendants de Jean Bertrand, la statue a réintégré sa place dans l'église. Elle porte désormais le nom de Notre-Dame de Saint-Victor. Je suis fière de cet acte de bravoure accompli par mon ancêtre et je ne manque pas de temps à autre, de rendre visite à Notre-Dame.

Par Nadine - Publié dans : Archéologie, Généalogie - Communauté : Généalogie Provence-Languedoc
Ecrire un commentaire - Voir les 14 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

Je découvre ton blog et comme moi aussi j'adore la généalogie ,je reviendrai...
Commentaire n°1 posté par Gaby le 18/06/2008 à 22h36
C'est vraiment interressant tout ce que tu nous racontes,tu mériterais beaucoup plus de commentaires!
bisous du soir 
Commentaire n°2 posté par jullia le 02/06/2008 à 21h16
QUE TOUT çà est joli à lire les récits sur la Provence sont tres beaux
bonne semaine bise
Commentaire n°3 posté par mamiegigi le 01/06/2008 à 19h27
Image Hosted by ImageShack.us
bisous du samedi, christel
Commentaire n°4 posté par christel/seuleaumonde le 31/05/2008 à 09h34
DESOLE DE NE POUVOIR METTRE UN AUTRE ARTICLE SUR MON BLOG , DEPUIS 3 JOURS IL EST IMPOSSIBLE DE RENTRER DANS MON ADMINISTRATION


POUR CERTAINS D'ENTRE NOUS CETTE SITUATION DURE DEPUIS UNE SEMAINE SANS QUE OB FASSE QUELQUE CHOSE.
NOS SITES SONT BLOQUES, ET ILS NE TROUVENT AUCUNE SOLUTION. CERTAINS ADMIN SUR LE FORUM SONT MEME AGRESSIFS QUAND ON LEUR DEMANDE ? QUAND EST CE QUE L'ON VA ETRE DEBLOQUE.
J'ESPERE VOUS RETROUVER BIENTOT MAIS CELA S'ANNONCE MAL
PAT
Commentaire n°5 posté par biker06 le 31/05/2008 à 08h38
Coucou encore une belle histoire
Bisous
Commentaire n°6 posté par corinne le 31/05/2008 à 07h41
bravo pour ce merveilleux article, honneur à ton ancètre !  bon weekend et bisous

Commentaire n°7 posté par jeanine et rené le 31/05/2008 à 07h25
petit coucou rapide de retour de conseil de classe! bisous du soir, christel
Commentaire n°8 posté par christel/seuleaumonde le 30/05/2008 à 20h39
Coucou Nadine, me voici de retour et ces 3 semaines ont été bien longues.. merci de ton passage en mon absence. Comme toujours ton récit m'a passionnée; c'est merveilleux d'avoir l'histoire de ces ancêtres.. en lisant je sentais les bonnes odeurs, du thym et voyait comme si j'y étais les oliviers. Quelle belle histoire. Je reviendrai pour lire l'article précédent.
Je te fais plein de bisous de haute savoie
chantal
Commentaire n°9 posté par Chantal74 le 30/05/2008 à 17h22
En 1962, mon pere, ma mere et moi, avons nettoye la maison des parents de ma grand-mere maternelle.  Nous y avons trouve des dizaines de statues qui avaient appartenus a  une eglise.  Je me demandais a l'epoque pourquoi ils avaient tant de statues religieuses chez eux, je crois comprendre maintenant.  Mon pere a donne tout a l'eglise de St Dizier, Marne.  Maintenant, je cherche les memes reliques dans les brocantes!!
Merci pour ce recit fascinant, riche en histoire.
Bon weekend
Bises
Commentaire n°10 posté par Christiane le 30/05/2008 à 15h45



BISOUS
PAT
Commentaire n°11 posté par biker06 le 30/05/2008 à 14h23

Belle histoire: je comprends que tu en sois fière ! ! ! Bon vendredi et gros bisous de la mer rouge ! !    @nne marie
Commentaire n°12 posté par @nne marie le 30/05/2008 à 14h12
j'aime voyager à travers les blogs.
Merci
Commentaire n°13 posté par Marianne le 30/05/2008 à 09h40
Encore un bel article qui vaut vraiment le coup de prendre le temps de le lire ...
Bravo à tes ancêtres pour la restitution de la statue !
Bonne fin de semaine ! Bisoux.
dom
Commentaire n°14 posté par dom le 30/05/2008 à 07h34

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés