Dans les minutes du notaire Jacques Garcin qui exerçait à Trans au début du XVIIe siècle, on trouve à la date du 21 septembre 1639, l'inventaire des biens d'un propriétaire transian, Isnard Pic
qui venait de décéder.
C'était un propriétaire important qui possédait trois maisons, plusieurs "ferrages" (les ferrages sont des terrains
fertiles destinés au blé ou aux plantes fourragères), des vignes, des oliviers et plusieurs jardins.
Au cadastre de 1640, il vient au neuvième rang parmi les plus imposés. Encore jeune, puisqu'à son décès la plupart de ses enfants
étaient encore en bas âge, il avait été premier consul en 1627 et il avait exercé en 1636 les fonctions de trésorier, ce qui confirme sa situation aisée.
La maison où il vivait était située sur la place, en face de l'église. Elle se composait d'une étable au rez-de-chaussée, une "salle" et
une petite chambre au premier, trois petites chambres au second, dont l'une servait de grenier et l'autre de fénière (grenier à foin).
La "salle" était non seulement la pièce où l'on prenait les repas, mais aussi celle où, à l'occasion, on recevait les amis
et parfois le prêtre ou le notaire. Voici quel était son mobilier : une grande table en noyer avec ses tréteaux (les tables de l'époque étaient formées d'un plateau posé sur des tréteaux), une
petite table avec un tiroir, trois tabourets et trois quaquetoires de noyers (les quaquetoires sont des chaises basses à dos très élevé et sans bras), deux "bancs escabeaux" et deux
"escabelles" en noyer (sièges sans bras, bas et à trois pieds), deux grands chandeliers dont l'un avec villole (la villole ou vilhole est un lampion en verre qu'on place dans la bobèche d'un
chandelier), un coffre et trois caisses, avec clefs et serrures.
Dans le coffre,
il y avait la comptabilité "livre mémorial des affaires" et les papiers relatifs aux affaires traitées par Isnard Pic : vente ou prêt de blé, vente d'huile, encaissements de loyers, prêts
d'argent... Le "livre mémorial" était écrit de la main d'Isnard Pic qui savait donc parfaitement lire, écrire et compter, ce qui était rare à Trans à l'époque.
Les trois caisses contenaient les vêtements du défunt et du linge : draps, nappes et serviettes, rideaux de lit, étoupe.
L'inventaire dénombre aussi le matériel de cuisine : une broche en fer, un jeu de landiers en fer (les landiers sont des
chenêts), un "cumascle" (crémaillère) à trois branches, deux "oulles" en fer (marmites), une petite et une grande, deux "sartans" (poêles), un broc, une "dourgue" (cruche à bec), douze plats
étain, douze "siettes étain" (assiettes) et huit "escudelles étain" (écuelles), un gros pot étain, deux autres pots et un demi pot, une "gresille" en fer (gril), une "ambre" (grosse bouteille) à
tenir vinaigre, un "escandailh" à balance (balance romaine) et un gros "escandailh à vergue" (balance qui n'a qu'un bassin et dont le contrepoids marquait les "livres" sur le fléau tirant un
quintal).
Dans une petite chambre, tout contre la salle il y avait un lit avec paillasse, matelas et
"traversier" (traversin), ainsi qu'une couchette de pin avec paillasse, traversier et "couverte" (couverture) de laine demi usée.
Dans cette pièce, on trouve en outre pèle-mêle : une caisse contenant quelques figues sèches, une mesure pour le blé,
douze vieux sacs, huit chemises du défunt, une "mastre avec son crabesel" (un pétrin avec son couvercle), deux chaudrons, un tamis, une jarre, deux demi tables à pain, soixante livres de chanvre,
un "banaston aumarine" (une corbeille d'osier) avec quelques figues dedans, quatre livres de graisse...
Des trois pièces de l'étage supérieur, l'une servait de chambre à coucher, l'autre de grenier et la troisième de fenière (grenier à
foin).
Dans la chambre à coucher, il y avait un lit de pin avec paillasse, matelas, tranversier et couverte de laine. On y
trouvait aussi un sac avec deux charges de fruits et six jarres contenant onze coupes d'huile (soit 350 litres).
Le grenier contenait douze charges (environ 20 hectolitres) de blé, une charge (environ 160 litres) de "paumoule" (la
paumelle est une espèce d'orge), de la graisse et des haricots secs.
Enfin, dans la fenière, se trouvait un peu de paille et différents petits objets. Le matériel agricole était entreposé
dans une autre maison, rue du Pont (actuellement avenue de la Gare). C'étaient les outils habituels : "margau" (houe), "eyssade" (genre de houe), hache, "vibou" (grosse serpe).
Dans la cave, il y avait un matériel vinaire assez important, mais pas de vin pour "être sur la saison de vendange". Pour
compléter le tableau, il faut signaler qu'Isnard Pic possédait deux ânesses et deux petites mules (citées dans l'inventaire).
Source : D'après un article de Maître Guillaume Barles paru dans la revue
sur les traditions provençales Lou Terraïre. Article complété de mes propres connaissances.
Merci pour cet exemple d'inventaire après décès, qui sont une mine de renseignement sur les modes de vie de nos ancêtres. Les historiens ne s'y trompent pas et ils en font des sujets d'études. Celui-ci est particulièrement intéressant et tu as su le rendre passionnant.
bisous
françoise
oui pauvre planète-poubelle que nous laissons à nos enfants...
douce soirée
biz
béa kimcat
bonne soirée
Merci de ta visite Nadine, j'ai modifié la bannière il y déjà un bout de temps ainsi que le design du blog. Oui bien sur je connais Colette Barles et ses santons stylisés, je les ai vu surtout sur les foires car toutes les fois ou je me suis rendue à Trans son atelier était fermé.
Bises
Santounette
Toi aussi tu es une véritable historienne tu définis des termes bien de chez nous et tu viens de m'apprendre que les ferrages voulaient dire du terrain un défrichait et cultivable c'était jusqu'a présent un nom de lieu dont je ne connaissais pas la définition. La Sartan me fait toujours sourire aujourd'hui , j'ai le souvenir de quelques dames qui prenaient le frais le soir en été et souvent une de celle ci disait a l'autre regarde moi la cette vielle Sartan et ben dis donc Ho!!! Hiii! ça craint Hein!! une bonne soirée Nadine je t'embrasse bien fort André
amities
L'absence de signification pour la table à pain, est-ce un oubli ? A tout hasard je me permets de préciser : C'est plus exactement la TABLE A PORTER LE PAIN , palette plus ou moins large munie d'un long manche afin d'enfourner la pâte et de l'en ressortir après cuisson. Il ne s'agit donc pas d'une table à quatre pieds. Les reportages de la télévision sur les artisans boulangers nous montre cet ustensile fréquemment
Salutations, LVB..
j'en prends bien note
Paumole , ce nom me disait quelque choses , mais de la à trouver que c'était une céréales !
merci pour tes articles si bien documentés et qui font revivre la Provence
bisous
jupi
ben dis donc avec tout ça , j' espère quand même que c' est sa famille qui en a hérité , on ne sait jamais , les femmes à cette époque ne valait pas grand chose hihihi.
Gros bisous mon amie et bonnes vacances , les marseillais mamiekéké et cricri d' amour .
bisous
pat