De nombreuses tablettes cunéiformes nous montrent que l’usage et le commerce du
parfum étaient connus dès les Sumériens. Tous les peuples antiques en ont fait une grosse consommation, notamment les Égyptiens. Même s’il a eu aussi un usage profane, il était surtout utilisé
lors de pratiques religieuses notamment pour les offrandes aux dieux et l'embaumement des corps. Les techniques de production étaient rudimentaires, et le resteront jusqu’à la fin du Moyen
Âge : les produits étaient broyés, pilés, bouillis, imprégnés de matières grasses, et on utilisait surtout des écorces, des résines, des racines ou des matières animales servant de base ou
de fixateurs. Un des parfums les plus utilisés a été l’encens, produit d’abord à Oman, et qui a largement contribué à la création des royaumes d’Arabie.
Le commerce du parfum a également fait la prospérité des villes phéniciennes et grecques. C’est le cas notamment de Chypre, qui passe pour la cité ayant
commercialisé les flacons de parfum (aryballes et alabastres).
Les Romains ont continué à utiliser les parfums, mais on ne leur doit guère d’innovations, sinon le remplacement de la terre cuite par le verre pour la confection des flacons.
1 : Pomander en argent doré en forme de tête à double face, tête de mort sur une face, visage de jeune fille sur l'autre, art européen, XVIe
siècle.
2 : Pomander en argent, Allemagne, XVIe siècle.
3 : Petits flacons de porcelaine, Chine, XVIIe-XVIIIe
siècle.
4 : Flacon en ébéne et argent, Allemagne, fin du XVIIe siècle.
5 : Flacon en cristal avec monture en argent doré et couvercle orné d'un perle, France, fin du XVIIe siècle. Le Moyen Âge chrétien ne semble guère avoir fait usage des parfums, sinon sous forme de couronne de fleurs et lors de
cérémonies religieuses. Cependant, après les croisades, la consommation semble en augmenter, en particulier sous forme de boules de savon et d’eau de rose.
Le grand bouleversement se produit à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, avec deux innovations :
d’une part le perfectionnement de l’alambic, avec un système de refroidissement facilitant la distillation ; de l’autre la découverte de l’alcool éthylique, permettant de donner au parfum un
support autre que des huiles ou des graisses. Le premier alcoolat célèbre est l’Eau de la Reine de Hongrie (XIVe siècle), préparation à base de romarin et d’essence de térébenthine.
Le parfum acquiert alors ses lettres de noblesse en Occident. On l’utilise notamment pour parfumer les vêtements, en particulier les gants, le métier de parfumeur étant alors associé à celui de gantier. La ville de Grasse dans les Alpes-Maritimes, devient la capitale du parfum, on y met au point de nouvelles techniques permettant de mieux recueillir l’essence des fleurs fragiles. Au XVIIIe siècle, on parfume tout, depuis le corps jusqu’aux vêtements et aux divers accessoires, notamment les cuirs. Mais il faudra attendre encore un siècle pour voir apparaître le vaporisateur.
La dernière révolution a lieu à la fin du XIXe siècle,
avec l’essor industriel et publicitaire dont les conséquences sont considérables : conditionnement fabriqué en série, apparition des grands magasins et surtout arrivée des premiers produits
de synthèse, liés au développement de la chimie organique.
C’est Aimé Guerlain, fils du parfumeur qui avait ouvert un magasin à Paris en 1828, qui crée le premier
parfum à éléments de synthèse en 1889. Il contient alors de la vanilline et de la coumarine. La parfumerie moderne est née.
Matières premières végétales
Fleurs : les plus nobles sont sans doute
la rose et le jasmin, auxquels on ajoutera la tubéreuse et l’iris, tout en sachant que le parfum de ce dernier n’est pas fourni par la fleur, mais par le rhizome. Les autres fleurs les plus
utilisées sont la violette, la fleur d’oranger, le mimosa, les narcisses, la lavande, sans oublier l’ylang-ylang, fleur originaire des îles de l’océan Indien. La mode de ces fleurs varie selon
les époques. Leurs essences sont le plus souvent reconstituées plus ou moins bien, par des mélanges de molécules aromatiques synthétiques, ce qui en diminue largement le prix.
Matières premières animales
Six essences animales sont utilisées dans la confection de parfums, le plus souvent aujourd’hui sous forme synthétique car des questions réglementaires ou d’éthique empêchent ou freinent leur
emploi. Elles jouent le rôle de fixateurs et se rencontrent surtout dans les parfums masculins, du moins pour les trois premières.
Techniques de fabrication
On appelle "extraction" le processus qui permet de transformer en essence une matière première. Voici les différentes techniques utilisées
:
L’expression : pratiquée uniquement avec les agrumes, elle permet par simple pression d’extraire l’essence contenue
dans l’écorce des fruits. L’opération est aujourd’hui accomplie grâce à des centrifugeuses.
La distillation à la vapeur d’eau : la matière première récoltée est disposée dans un alambic, avec de l’eau qu’on porte à
ébullition. La vapeur d’eau transporte l’essence dans un condensateur, puis dans un séparateur.
La rectification : les essences obtenues par distillation sont parfois purifiées par rectification sous vide, procédé à
basse température plus respectueux des matières fragiles.
L’enfleurage à chaud : utilisé avec des pétales de fleurs pas trop fragiles (rose, narcisse), il consiste à les plonger dans un bain de graisse animale que l’on fait
chauffer à plusieurs reprises. Lorsque les fleurs ont donné toute leur essence, elles sont jetées et remplacées par d’autres, jusqu’à obtention d’une graisse suffisamment saturée. La graisse est
ensuite lavée avec de l’alcool, jusqu’à obtention de l’essence dite absolue.
L’enfleurage à froid : utilisé lorsque les fleurs sont trop fragiles (jasmin, tubéreuse). Le principe est le même que pour l’enfleurage à chaud, mais les pétales sont
disposés sur des tiroirs remplis de graisse froide. L’enfleurage n’est plus pratiqué aujourd’hui de cette façon.
L’extraction par solvants : se fait à l’aide de solvants volatils (éther de pétrole, hexane, benzène, ce dernier n’étant
plus utilisé aujourd’hui) suivi en général par une extraction à l’éthanol.
La macération :
pratiquée pour obtenir les essences animales, elle consiste à laisser macérer la matière première dans de l’alcool.
Une fois les diverses essences obtenues, c’est au parfumeur qu’il conviendra de les mélanger, par de savants dosages dont lui seul a le secret. Le parfumeur utilise
pour cela un orgue à parfum qui est un boîtier ou une étagère en forme d’orgue contenant une sélection des extraits à mélanger. Puis le parfum obtenu sera mêlé à un excipient, en principe de
l’alcool, mais également de l’eau et d’autres solvants avec une concentration plus ou moins forte selon le produit que l’on veut obtenir.
Je ne peux terminer cet article sans parler des "nez" car mon arrière grand-père Joséph Séverin Consolat né en 1867 à Cannes, issu d'une longue lignée d'ancêtres grassois, était chimiste en
parfumerie. Il a travaillé notamment pour la parfumerie Bigeon à Bordeaux.
Un nez, un créateur de parfum
Un nez, c’est le surnom par lequel on désigne les créateurs de parfums. À l’origine, les parfumeurs étaient des artisans qui vivaient exclusivement de leur art, tels Jean Marie Farina, François
Coty ou la famille Guerlain. Mais le XXe siècle a vu apparaître des parfums liés aux
maisons de couture, dont le plus célèbre reste le N°5 de Chanel. Au fil du temps, les parfumeurs se sont effacés derrière des marques de plus en plus puissantes et sont devenus des prestataires
au service de la griffe prestigieuse pour laquelle ils créent, mais à laquelle ils ne sont plus exclusivement attachés. Aujourd’hui et à de rares exceptions (Chanel, Guerlain, Patou, Hermès,
Cartier ont tous les cinq leur propre "nez"), les parfumeurs sont salariés de groupes chimiques internationaux. Si les sociétés de parfumeurs étaient historiquement
situées à Grasse comme le français Mane SA, les plus grandes d’entre elles sont aujourd’hui suisses comme les genevois Firmenich et Givaudan ou américains comme la société IFF. Quand une marque
décide de lancer un nouveau parfum, les parfumeurs sont mis en compétition. Au final, après de multiples tests auprès des consommateurs, un seul parfum sera retenu et lancé sur le marché, portant
le nom de la marque et non plus celui de son créateur.
Source : D'après Wikipédia - l'encyclopédie libre.
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