Le premier âge commence de bonne heure à la campagne, dès que les enfants ont atteint leur cinquième année, on les emploie sans distinction de sexe à garder les bêtes de labour dans les pâturages et les troupeaux de volailles dans les friches. Quelques-uns vont sur les chemins ramasser de la paille pour litière ou des crotins de gros bétail. Les petites filles s'occupent de quelques travaux légers dans l'intérêt du ménage. Ces différentes occupations toujours lucratives pour les familles de la campagne, empêchent d'envoyer leurs enfants aux écoles. On voit tous les jours de bonnes gens préférer unn panier de crotin à l'enseignement gratuit qu'on offre à leurs enfants en bas âge. Plus tard, il leur est de toute impossibilité de les accepter, car à 18 ans les jeunes garçons commencent à bêcher la terre et à conduire la charrue dans les terrains légers et les jeunes filles travaillent moyennant la moitié du salaire qu'on donnerait à une femme. D'ailleurs c'est à cet âge que les enfants contractent l'amour et l'habitude d'un travail pénible et fatiguant, mais le plus souvent précieux à la société. Il est reconnu que l'enfant d'un cultivateur, s'il fréquente l'école jusqu'à 15 ans va abandonner la culture des terres pour se faire artisan ou il est toute sa vie un bien faible cultivateur, à moins qu'il ne laboure que son propre champ. De là viennent tant de personnes oisives qui dans les communes rurales sont pendant le jour des piliers de cabarets et pendant la nuit des ravageurs de campagne et des maraudeurs.
A 22 ans, l'homme des champs possède sa plus grande force. Cette époque est devancée de deux ou trois ans pour les femmes et il est ordinaire de voir des filles de 14 ans, bêcher, labourer, enfin exécuter les travaux les plus rudes. Cet usage est général dans les pays maritimes, où la plupart des hommes, élevés pour la mer, laissent aux femmes la culture des terres. A 50 ans, l'affaiblissement commence. Il est très marqué à 60 ans, c'est l'âge où le cultivateur dans l'aisance ne s'occupe plus que des travaux légers et dans les saisons tempérées.
Enfin, à 70 ans, les forces ne suffisent plus à un travail rude et surtout continu. La journée du cultivateur à cet âge est à un très bas prix, et si contraint par le besoin, il continue de vendre sa sueur, il est renvoyé aux ouvrages affectés aux femmes et aux enfants et payé à peu près à leur taux [...].
Dans le département du Var, la population repose principalement sur les produits territoriaux et en suit les inconvénients. Ceci parce que l'agriculture emploie beaucoup de bras, qu'elle nourrit ou salarie beaucoup d'individus. Mais aussi parce que la substance générale est due à ses productions ou payées par leur prix, et parce qu'étant la source principale des revenus, l'agriculture règle la consommation en objets de luxe ou de commodité, et par conséquent les bénéfices de l'industrie et même ceux du commerce. La classe des propriétaires est donc la première du département parce que son climat privilégié, permet plusieurs sortes de cultures et se prête à une grande division des terres. Nous citerons la culture des oliviers sur plus de la moitié de sa superficie et celles des vignes sur les 4/5e, si l'on excepte les zones de la région froide dont les principes sont dégarnis de terres végétales.
Dans les héritages de qualité étendue, l'industrie renfermée dans un cercle étroit, se porte vers une meilleure exploitation, la charrue est bannie parce qu'ils ne comportent pas un capital de bêtes de labour, la pioche et le piochon soulèvent seuls la terre et procurent des récoltes plus abondantes. C'est ainsi qu'à Grasse, Antibes où les sols couverts de vignes et d'oliviers sont en pente et ne permettent plus l'usage de la charrue, que la production, à superficie égale, est plus grande et plus assurée que dans ceux que le soc ouvre encore. Chaque famille, même celle réputée pauvre recueille de quoi se nourrir à une époque où les travaux de la campagne sont suspendus. Aussi on voit peu de mendiants dans le département. Ceux qu'on aperçoit parfois allant de porte en porte sont des journaliers étrangers, mendiant sur leur route jusqu'à ce qu'ils soient parvenus aux lieux où les travaux les appellent. Le plus souvent se sont des familles génoises ou piémontaises qui vont chercher fortune à Marseille ou dans une autre ville.
Sources : Histoire et statistiques du département du Var - Etienne Garcin - 1840.
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Ce que tu décris là me fait obligatoirement penser à la famille du côté de ma mère, ils travaillaient très dur principalement dans les vignes. J'ai vu ça aussi sur les actes de naissance, mariage, que les mairies m'ont transmis ( pour la généalogie )
Les enfants étaient bien plus matures que ceux de nos jours, et quand on leurs raconte, ils ont du mal à y croire..... et pourtant, c'est bien réel !
La vie était trop dure pour eux à cette époque là mais maintenant elle est trop facile, on en fait des êtres immatures qui jouent encore à la console à 30 ans......
Miaou... Miaou... Miaou... Miaou... Miaou...
Foule de souvenirs là encore ; ce fut la vie de mes grands-parents et arrière grands parents.. Article très enrichissant et fort apprécié.
Cordialement
Giselle
Cette étude est très intéressante ! Heureusement que ces époques rudes sont révolues, mais y-a-t-il grande différence aujourd'hui?.. Je ne crois pas, même si les apprences ont changé.
Bonsoir Nadine, et très grandes bises !!!!!
J'admire ces travailleurs, qui malgré la chaleur et la sécheresse, ne rechigne pas à courber l'échine vers la terre
Et les jeunes se plaignent aujourd'hui!
Bisous à toi.
il faudrait savoir faire la part des choses
entre cette éducation trop rigide
et celle de nos jours trop laxiste
où le mot valeur n' a de sens
éva
oui pas étonnant que ceux qui étaient plus aisé, profitaient du malheur des autres car il fallait bien se nourrir avec les paies dérisoires et les enfants avaient besoin d'être enseigné. Avec le temps tout a changé mais pas en bien, ce sont toujours les mêmes qui profitent. Encore heureux que des lois ont obligé certaines personnes d'interdiction pour l'accomplissement des travaux. Bref la modernisation ne nous aide pas ! voila la réalité et elle est générale, que ce soit en Provence ou ailleurs. Bonne journée et gros bisous
Ah si seulement les enfants pouvaient apprendre la géographie et l'histoire de la Provence par votre blog ! mieux qu'un cours avec professeur, et plus parlant. Bonne journée à vous
Cinq ans c'est un peu jeune pour travailler,la vie a changé mais malheureusement certains pays emploient encore des enfants à des tâches très difficiles et dès leur plus jeune âge.
Ton article est très intéressant comme toujours et facile à lire.
on a du mal a immaginer a notre époque un enfant de 5 ans garder des bètes!quelle vie...et quel changement quand on voit que dans les vignes ici ils n'embauchent pratiquement plus que ceux qui ont fait un lycée agricole! gros bisous Nadine.cathy
Quel bonheur ce metin, que de te lire et ainsi s'instruire...
J'adore feuilleter ton blog...
Moi, le Lorrain de pure souche, j'aime apprendre la Provence avec toi...
Bisous et bonne journée Nadine.
Jean Claude.
Comme toujours, ton article est très intéressant. Ma grand-mère était de Rougiers, ses parents étaient culitivateurs et possédaient un petit lopin de vignes. Ma Mémé est très peu allée à l'école effectivement, et de plus, c'était l'époque où parler provençal à l'école était puni! Très vite, elle est partie à Marseille, elle faisait la bonne.
Un jour, je lui ai dit que pour me faire un peu d'argent de poche, l'été, j"allais faire les vendanges avec des copains. Elle m'en a tellement dit, qu'elle était pas partie de la campagne pour que sa petite-fille y aille, que c'étati ceci et cela.... que j'ai renoncé! Elle est décédée à 93 ans voilà 26 ans.... Mais il me semble que c'étit hier (je devais avoir 16 ou 17 ans) qu'elle m'a fait cette sortie!
Boudiou!! tu as ranimé un tas de souvenirs!!
Bisous Nadine!