A la création de "la République des Escartons", en mai 1343, les communautés villageoises autour de Briançon, dans le nord des Hautes-Alpes avaient acheté leur autonomie et la possibilité de s’organiser démocratiquement. Par la suite, elles ont établi un système d’éducation des enfants. L’enseignement prodigué à tous les enfants était organisé suivant des modalités étranges puisque les instituteurs proposaient leurs services dans les foires ! Un préfet a ainsi pu écrire : "C’est même une chose curieuse de voir, dans les foires d’automne, ces instituteurs couverts d’habits grossiers, se promener dans la foule, au milieu des bestiaux, ayant sur leur chapeau une plume d’oie, qui indique, leur état, et leur volonté de se louer pour l’hiver moyennant un prix à convenir". Une plume d’oie indique l’aptitude à enseigner la lecture et l’écriture, deux plumes, l’arithmétique et les sciences naturelles, trois plumes, le latin et quelques notions de droit en plus. La réputation de ces instituteurs saisonniers était grande et les "trois plumes" se louaient très loin, jusqu’en Alsace ou à l’étranger, pendant ce qu’on appelait une "campagne d’école". On les appelait "les marchands de participes".

La compétence se payait. Les rémunérations pouvaient aller du simple au quintuple. Les grosses communautés pouvaient se payer un instituteur à trois plumes et un adjoint à une plume, alors que
d’autres devaient se regrouper pour pouvoir s’offrir un instituteur à une plume. C’étaient les familles qui payaient l’instituteur en s’acquittant d’une taxe dite "d’écolage", en fonction de
leurs moyens. Celles qui ne pouvaient vraiment pas payer en étaient discrètement dispensées. L’instruction était importante aux yeux des villageois, car beaucoup d’hommes valides émigraient
pendant la mauvaise saison pour aller faire toutes sortes de métiers dans les pays au climat plus clément. Il leur fallait donc savoir lire, écrire et compter.

Au chef-lieu, la classe avait lieu dans la salle servant aux réunions du conseil. Dans les villages, elle se faisait chez l’habitant ou dans une étable, au chaud… L’instruction du peuple
atteignait dans ces vallées libres un niveau important pour l’époque. Vers 1680, 35 % des femmes et 90 % des hommes savaient lire. Les garçons fréquentaient l’école durant toute la période
d’hiver, quand la neige empêchait de travailler aux champs. Les filles y étaient moins assidues, retenues à la maison pour les travaux ménagers ou la surveillance des petits frères et
sœurs.
Cette tradition a perduré jusqu’à ce que l’école soit organisée au niveau national en 1833, mais les effets de cette pratique éducative dans les hautes vallées s’est maintenue dans le temps : en 1866, une enquête des armées indiquait que, dans le département des Hautes-Alpes, il n’y avait que 10 à 20 % des conscrits et 5 à 10 % de leurs conjoints illettrés, alors que sur les 2/3 du territoire ce pourcentage était de 35 à 75 %.

Nota : La république des Escartons de Briançon (l'appellation
de République est une interpolation du XIXème siècle) ou principauté du Briançonnais est un ensemble de cinq territoires montagnards du département des Hautes-Alpes, de la province de Turin et de
la province de Coni qui ont joui d'un statut fiscal et politique privilégié du 29 mai 1343 au 4 août 1789 pour la partie française.
Source : Le Grand Almanach de la Provence
2010
| Juin 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | ||||||||
| 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | ||||
| 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | ||||
| 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | ||||
| 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | |||||
|
||||||||||
Bonjour,
J'ai découvert votre site par hasard au gré d'une recherche sur Revest des Brousses, j'y avais une amie et j'ai passé dans cette région les plus belles vacances de ma vie.
Je vois que nous partageons deux choses la maladie, moi la maladie de Basedow, maladie auto-immune moins invalidante que la vôtre et une passion sur la Provence, au plaisir d'échanger, continuez votre site est très bien fait.
Toutes mes amitiés
Belle histoire que celle là chère NADINE . merci de si bien nous
la conter , on a l' impression à notre époque que nos jeunes ne
savent plus ni lire , ni écrire , mais compter ça oui ...
Gros bisous , bonne nuit à bientôt .
RENEE (mamiekéké).
Bonsoir Nadine. Bienvenue dans Embellissons nous la vie et merci pour ce bel article : je suis fille, petite-fille t nièce d'instituteurs... Bisous,
Brigitte
Que c'est beau ma chérie, que d'efforts tu fournis pour nous ravir par tes articles. Tu as une imagination débordante pour trouver tous ces sujets à nous proposer à chaque fois. Continue Nadine, tu nous enchantes...
Bises de fin de journée
La foire aux instituteurs était chose courante pour éviter l'illettrisme, car la loi nationale sur l'enseignement a été mise en vigueur bien après 1789. Donc les instituteurs voyageaient de foire en foire pour vendre leurs compétences, côté français les habitants jouissaient d'un statut fiscal et d'une politique privilégiée. La taxe dite d'écolo était formulée de manière à faire payer plus ceux qui avaient les moyens ou dispenser les démunis. L'enseignement se traduisait par le nombre de plumes portées sur un chapeau et suivant le prix à payer.
Encore une chose bonne à savoir! gros bisous et bien amicalement
Article extrêmement intéressant. Nadine vous méritez QUATRE plumes à votre chapeau !
Nous voilà encore instruits grâce à toi et merci infiniment.
Bisous et à bientôt
Encore une belle leçon d'histoire,
très intéressant.
Bises.
Bonjour Nadine,
Avec toi ce qu'il y a de sûr, c'est d'avoir toujours un peu plus de savoir.
Bisous Marie-Jo
Je trouve certaines de tes photos très belles, merçi thierry
passionnant cet article! j'ignorait completement cela! j'adore m'instruire chez toi!!! gros bisous Nadine. cathy
Bon matin Nadine,les photos anciennes sont très belles.
À bientôt nadine.
Passionnant ton article Nadine et la carte est intéressante à regarder ..
J'ai appris beaucoup car je ne savais pas que les institeurs se distinguaient par leur plumes.. un peu comme les grades des militaires, ou la Légion d'Honneur..
Les choses ont bien changé depuis et quand on pense que les études se poursuivent jsuq'à 25/30 ans..
Douce nuit à toi avec plein de bisous et bon lundi (ouppss on est déjà lundi..)
chantal
Coucou de la nuit Nadine,
P.S : mon troisième article pour bleu charette et rose bonbon vient de paraitre sur mon blog.
Je repasse demain pour lire ton article qui me semble bien intéressant.
Bonne nuit. Véronique de Thonon.